Quinze mois après l’adoption des 27 recommandations pour le développement du tourisme ultramarin, Maina SAGE a interpelé l’État le 23 novembre dernier sur deux urgences majeures pour la Polynésie : l’octroi des visas dit de long séjour pour les professionnels et investisseurs, ainsi que le soutien massif aux investissements attendus dans le domaine de l’hôtellerie et du transport aérien, notamment pour soutenir la compagnie locale Air Tahiti.


QOSD | Développement du tourisme en Polynésie

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Monsieur le secrétaire d’État chargé du commerce extérieur, de la promotion du tourisme et des Français de l’étranger, dans le cadre de sa stratégie nationale, le ministère en charge du tourisme validait, il y a un an et demi, vingt-sept recommandations en faveur du développement du tourisme outre-mer.

En janvier dernier, je vous ai interrogé sur les avancées de ces chantiers. Vous m’avez alors informé de la création du Cluster des Outre-mer et d’un effort de simplification des visas. J’ai en effet pu constater cette année des avancées intéressantes dans ces domaines, notamment en matière de coopération régionale.

Toutefois, je souhaite vous interpeller sur deux points majeurs pour la Polynésie française.

Le premier concerne la facilitation des visas pour les investisseurs. Nous avons constaté des avancées pour les professionnels, mais en ce qui concerne les investisseurs, nous souhaiterions véritablement pouvoir disposer de visas spécifiques long séjour, ce qui permettrait de développer l’investissement dans nos territoires, notamment via des offres hôtelières de type time-sharing ou villas de long séjour.

Le deuxième point concerne le soutien massif à l’investissement dans des secteurs clés du tourisme tels que l’hôtellerie, mais aussi les transports aériens et maritimes.

Or, vous le savez, plusieurs dossiers concernant les aides à la défiscalisation sont en cours d’instruction dont ceux d’Air Tahiti, la compagnie domestique qui est le poumon touristique de la Polynésie, et de sa grande sœur, Air Tahiti Nui, qui assure le trafic international.

Petit rappel, mes chers collègues. La Polynésie est un territoire unique dans la République française, il faut le dire. Isolé au cœur du Pacifique Sud, à huit heures minimum du premier continent, c’est un territoire fragmenté en 118 îles éparpillées sur une surface maritime grande comme l’Europe. Pour faire face à la concurrence, nous avons bien sûr des atouts naturels et culturels, mais nous avons besoin de rester attractifs et compétitifs.

Ces soutiens à l’investissement dans nos territoires sont un moyen efficace de le rendre attractif. J’ajoute que le tourisme est le moteur d’autres activités du secteur primaire comme l’agriculture, l’aquaculture, l’artisanat, la pêche et la perliculture : Autant de raisons de sécuriser le développement de ce secteur et de lui offrir une meilleure visibilité à long terme.

Compte tenu des lenteurs de procédure et du manque de visibilité sur les aides à l’investissement, notamment sur les défiscalisations, nous avons pu, dans le projet de loi de finances, proroger cette mesure jusqu’en 2025 pour les collectivités d’outre-mer du Pacifique. Encore faut-il que l’administration puisse suivre le rythme.

C’est pourquoi, monsieur le secrétaire d’État, je vous interpelle sur ces deux enjeux majeurs pour le tourisme polynésien. Je souhaite également connaître les mesures prioritaires que le Gouvernement entend initier en 2017 pour poursuivre plus largement les objectifs que nous avons fixés au sein du Conseil de promotion du tourisme en faveur des outremers.

Répondant en séance publique ce mardi, Matthias FEKL, Secrétaire d’État en charge de la Promotion du tourisme, a indiqué qu’un grand nombre de mesures issues des travaux du Conseil de Promotion du Tourisme pour l’outremer ont été lancées pour l’améliorer le pilotage et le suivi du secteur grâce à la création d’un cluster outre-mer au sein d’Atout France et le lancement d’un suivi statistique plus performant. Il a affirmé que l’État était intervenu pour le renforcement de la desserte aérienne de la plupart des destinations ultramarines et qu’il s’engage à poursuivre les efforts de simplification des visas et d’adaptation aux Outre-mer de la dispense de visa pour les ressortissants étrangers titulaires d’un visa Schengen à entrées multiples.

La réponse du Ministre

Madame la députée, merci pour votre question ou plutôt vos questions. Si je ne parvenais pas à vous répondre dans les deux minutes qui me sont imparties, je suis évidemment à votre disposition pour vous apporter toute précision supplémentaire.

Je salue d’abord votre implication continue dans ce dossier, notamment en tant que rapporteure du chantier spécifique sur les outre-mer, dans le cadre des travaux menés avec le ministère des affaires étrangères et du développement international sur le tourisme. Beaucoup des mesures préconisées par votre rapport ont déjà été mises en œuvre ou sont en train de l’être.

Nous avons créé une page dédiée aux outre-mer sur le site « France.fr », qui recense les différentes destinations. Sur ce sujet comme sur les autres, nous partons de l’idée que les outre-mer ont toute leur place dans notre politique touristique. Longtemps, les statistiques de la fréquentation de l’outre-mer n’ont pas été prises en compte dans les chiffres globaux du tourisme de notre pays, ce qui était incompréhensible. Elles le sont depuis l’an dernier. De fait, par sa diversité et sa richesse, cette magnifique destination touristique participe pleinement à l’attractivité touristique de notre pays.

Nous avons également demandé à notre opérateur Atout France de continuer à faire évoluer son cluster outre-mer en renforçant ses compétences et en se déployant non seulement en Europe mais dans le monde entier, pour faire connaître les destinations ultramarines. Sur ce sujet, je collabore étroitement avec ma collègue ministre des outre-mer, Ericka Bareigts, qui a organisé elle-même en septembre les assises du tourisme d’outre-mer pour faire le point, améliorer encore les outils statistiques et travailler sur la connectivité.

Nous sommes intervenus dans des négociations internationales pour renforcer la desserte aérienne de la plupart des destinations ultramarines et pour travailler sur le multi-destinations, c’est-à-dire les destinations touristiques ultramarines et les pays voisins, qui y sont liés. À travers les outre-mer, notre pays est présent dans le monde entier. Nous avons à cœur de construire des multi-destinations qui permettront tant aux outre-mer qu’à ces pays de mener un travail intégré.

Le programme d’investissement d’avenir et le fonds mis en place à la Caisse des dépôts et consignations pour le développement de projet touristiques sont tous deux ouverts aux destinations ultramarines.

Enfin, nous avons instauré une dispense de visa pour les ressortissants étrangers titulaires d’un visa Schengen à entrées multiples, et nous l’avons étendu à onze pays. Ce travail sera poursuivi l’an prochain.

Vous le voyez, madame la députée, les outre-mer font partie des priorités de notre pays en matière de tourisme.

Saluant l’aide à l’investissement en faveur d’Air Tahiti, pour laquelle les députés s’étaient mobilisés ces dernières semaines, Maina Sage a souligné que ce levier était essentiel pour maintenir l’attractivité de notre collectivité, notamment dans le tourisme qui représente 2700 entreprises, soit 16% des effectifs salariés en Polynésie ; lui-même moteur de la croissance globale du territoire.